Lu un article complètement débile sur L'Express. Je l'ai lu tellement je le trouvais débile, pour voir jusqu'où ça pouvait aller, un peu comme à l'époque, j'avais été un assidu de Loft Story.
Cet article est enfant d'un sondage. Et ce sondage nous raconte comment les riches passent leurs vacances. L'idée générale est de montrer que ce n'est pas bien différent des autres, des riches en vacances. Comprendre les pas riches. Ou les pauvres.
Le riche ne part donc pas tant que ça en vacances l'été. Comme tout le monde, il loue l'endroit où il va séjourner. Comme beaucoup, il passe par le net pour choisir sa destination. Et comme chacun, il fait des choix budgétaires. Nous voilà mieux, n'est-ce pas ?
Dingue d'avoir l'idée de pondre deux pages là-dessus. Et de commander un sondage, en prime. La logique me laisse assez pantois. Ca me fait même un peu flipper, ce côté "riches" / "pauvres". Puante "idéologie". Tout fric devant. Car, ici, le riche est bien sûr celui qui palpe du sonnant et trébuchant. On ne parle pas d'âme, ni de coeur. Non.
Il y a quelques années, j'aurais pensé, ça n'est plus d'époque, tout ça. Croyant que des choses avaient changé.
Mais force est de reconnaître qu'entre ça, le racisme, l'injustice, le mensonge et j'en oublie sans doute, plein de choses ont l'air d'être revenues en force dans nos temps modernes. Comme si elle n'étaient jamais parties. Comme si elles avaient juste fermé leur clapet. Comme si, libérées de leurs baillons, elles retrouvaient place toute chaude, place à prendre. Les joutes à venir ont de beaux jours devant elles. Furieuse envie de réécouter Ces gens-là, tiens ;-)
samedi 31 juillet 2010
C'est le bagne
Regardé l'autre soir un téléfilm qui narre, dans les années 1920, l'épopée du journaliste Albert Londres. Parti à Cayenne, en Guyane, pour "raconter le bagne".
On y apprend évidemment plein de choses. Si j'ai été sensible au travail du journaliste, libre de mener son affaire et avec du temps pour le faire, j'ai également été touché par un air de "c'était il y a presque un siècle et en même temps, ça ressemble bigrement en terme d'humanité à ce qu'il se passe actuellement".
Bon, c'est un poil exagéré, ce que j'écris là, un poil raccourci, mais il y a de cela et ça n'a pas manqué de me surprendre. C'est qu'entre temps, Humanité, Droits de l'Homme, Liberté de la presse, Conditions de vie sont sensées avoir connu la Croissance, le Progrès. On pense des choses oubliées, enterrées, terminées. Mais on se dit qu'elles reviennent un peu, par la bande. Ce qui est avéré sur la forme ne l'est pas forcément sur le fond. Après avoir dénoncé le bagne et les conditions dans lesquelles sont traités les "bagnards", Albert Londres mène une campagne visant à faire fermer la prison. Il obtiendra succès en 1924. Le bagne ne sera ensuite fermé que 12 ans après et les derniers bagnards reviendront en France en 1953.
Quelques infos sur le film ici.
Et sur le bagne de Cayenne là. Aussi sur ce site.
On y apprend évidemment plein de choses. Si j'ai été sensible au travail du journaliste, libre de mener son affaire et avec du temps pour le faire, j'ai également été touché par un air de "c'était il y a presque un siècle et en même temps, ça ressemble bigrement en terme d'humanité à ce qu'il se passe actuellement".
Bon, c'est un poil exagéré, ce que j'écris là, un poil raccourci, mais il y a de cela et ça n'a pas manqué de me surprendre. C'est qu'entre temps, Humanité, Droits de l'Homme, Liberté de la presse, Conditions de vie sont sensées avoir connu la Croissance, le Progrès. On pense des choses oubliées, enterrées, terminées. Mais on se dit qu'elles reviennent un peu, par la bande. Ce qui est avéré sur la forme ne l'est pas forcément sur le fond. Après avoir dénoncé le bagne et les conditions dans lesquelles sont traités les "bagnards", Albert Londres mène une campagne visant à faire fermer la prison. Il obtiendra succès en 1924. Le bagne ne sera ensuite fermé que 12 ans après et les derniers bagnards reviendront en France en 1953.
Quelques infos sur le film ici.
Et sur le bagne de Cayenne là. Aussi sur ce site.
vendredi 30 juillet 2010
Pousser la troisième
On a roulé quelques heures. Un peu engourdi, le rythme se ralentit en même temps que les voies se multiplient. C'est la barrière de péage. Nous voilà, coincé, compressé, passif.
Là-bas, au loin, c'est le couperet salvateur, celui qui nous délestera de quelques euros et qui ravivera quelques souvenirs. Comme celui de notre premier passage en tant que conducteur. Allions-nous savoir faire ? Bien retenir l'ordre des choses. Faire l'habitué. Ne pas se tromper de file. Ne pas déranger. Ou celui des vélos sur le toit qu'on avait oubliés. Et celui du regard du flic qui rendrait coupables tous les innocents.
Une fois inspectées les carlingues voisines, la jolie hollandaise, les sales gosses qui grimacent, le poivrot inquiétant, le matelas sur le toit, c'est notre tour. Aujourd'hui, on sait. Avec l'âge on a l'assurance du vieux routier de passeur de péage.
Vitre. Ticket. Carte. Reçu. Première.
La barrière nous fait la révérence à l'envers. Et nous voilà dans l'autre troupeau. Celui qui a payé. C'est la quille. Espaces libres, nous voilà !
Alors, comme les autres, on pousse la troisième. Le bouchon de champagne a pété et nous a propulsés vers la liberté.
La troisième nous aime et nous aimons la troisième. Elle sait qu'au fond c'est l'entonnoir, qu'il va falloir se faire sa place. Tels des spermatozoïdes en compétition, on pousse la troisième. Et on sait, et on se dit, et on vit cette poussée de puissance, cette griserie de reproducteur.
Puis, chacun reprend son rang et son rythme. La queue concentrée se guimauve. On a payé et goûté de tout son soûl.
On a poussé la troisième.
Là-bas, au loin, c'est le couperet salvateur, celui qui nous délestera de quelques euros et qui ravivera quelques souvenirs. Comme celui de notre premier passage en tant que conducteur. Allions-nous savoir faire ? Bien retenir l'ordre des choses. Faire l'habitué. Ne pas se tromper de file. Ne pas déranger. Ou celui des vélos sur le toit qu'on avait oubliés. Et celui du regard du flic qui rendrait coupables tous les innocents.
Une fois inspectées les carlingues voisines, la jolie hollandaise, les sales gosses qui grimacent, le poivrot inquiétant, le matelas sur le toit, c'est notre tour. Aujourd'hui, on sait. Avec l'âge on a l'assurance du vieux routier de passeur de péage.
Vitre. Ticket. Carte. Reçu. Première.
La barrière nous fait la révérence à l'envers. Et nous voilà dans l'autre troupeau. Celui qui a payé. C'est la quille. Espaces libres, nous voilà !
Alors, comme les autres, on pousse la troisième. Le bouchon de champagne a pété et nous a propulsés vers la liberté.
La troisième nous aime et nous aimons la troisième. Elle sait qu'au fond c'est l'entonnoir, qu'il va falloir se faire sa place. Tels des spermatozoïdes en compétition, on pousse la troisième. Et on sait, et on se dit, et on vit cette poussée de puissance, cette griserie de reproducteur.
Puis, chacun reprend son rang et son rythme. La queue concentrée se guimauve. On a payé et goûté de tout son soûl.
On a poussé la troisième.
jeudi 29 juillet 2010
Reprise, comment ça se passe ?
Finalement, une reprise de boulot, ça peut être assez drôle. Le jour J, c'était aujourd'hui, pour moi. Témoignage.
Descente de Roms
Ben voilà, c'est comme ça en France.
On part quinze jours, on laisse le pays en se disant, allez, trève, ça va faire du bien à tout le monde, on revient, et on trouve toujours les mêmes ficelles.
A la pression, "on" répond par la répression.
Cette rengaine est fatigante.
Ironie du sort : voisinent en première page des gazettes deux mises à mort, en ce jeudi.
Celle, en Catalogne, des corridas. Et celle, en France, du peuple Rom.
Pas de commune mesure mais des mesures communes.
Les "gitans", ils ne nous l'avaient pas encore faite, celle-là.
Cible idéale pour activer les foyers des racismes à deux balles.
Voilà les gens du voyage dans le collimateur.
Pas ceux qui flattent les autoroutes avec leurs caravanes une fois l'été venu, non. Ceux qui habitent dans des caravanes, qu'ils soient ou non sédentaires. Ceux qui vivent autrement et qui, donc, sont suspects. Forcément suspects.
Voilà les mots expulsion, camps et consorts qui ressortent du placard.
Voilà les discussions à venir qui vont pouvoir s'en donner à coeur joie.
Pendant ce temps-là...
Pas fier d'être français, moi, dans ces cas-là.
En savoir plus ici.
M'en vais de ce pas écouter quelques airs tziganes. Ils disent si bien l'âme humaine.
On part quinze jours, on laisse le pays en se disant, allez, trève, ça va faire du bien à tout le monde, on revient, et on trouve toujours les mêmes ficelles.
A la pression, "on" répond par la répression.
Cette rengaine est fatigante.
Ironie du sort : voisinent en première page des gazettes deux mises à mort, en ce jeudi.
Celle, en Catalogne, des corridas. Et celle, en France, du peuple Rom.
Pas de commune mesure mais des mesures communes.
Les "gitans", ils ne nous l'avaient pas encore faite, celle-là.
Cible idéale pour activer les foyers des racismes à deux balles.
Voilà les gens du voyage dans le collimateur.
Pas ceux qui flattent les autoroutes avec leurs caravanes une fois l'été venu, non. Ceux qui habitent dans des caravanes, qu'ils soient ou non sédentaires. Ceux qui vivent autrement et qui, donc, sont suspects. Forcément suspects.
Voilà les mots expulsion, camps et consorts qui ressortent du placard.
Voilà les discussions à venir qui vont pouvoir s'en donner à coeur joie.
Pendant ce temps-là...
Pas fier d'être français, moi, dans ces cas-là.
En savoir plus ici.
M'en vais de ce pas écouter quelques airs tziganes. Ils disent si bien l'âme humaine.
Une valse et des écureuils
Je fais comme la télé, moi. L'été, c'est sagas. Mais c'est saga familia, en tout premier lieu. Saga qui se vit, qui s'écrit. L'été, c'est le quotidien roi, la minute qui se vit pleinement, la minute que l'on passe ensemble.Je fais aussi saga bouquins.
Il y a deux ans, je m'étais cogné les six tomes de Doggy bag, de Philippe Djian.
Cette année, ça aurait dû être Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows.
Je l'avais gardé pour le lire sur l'île puisque m'avait-on dit ça se passe dans une île (en l'occurrence Guernesey).
Finalement, ce fut Katherine Pancol. Je me suis lu coup sur coup les deux pavés dernièrement produits par la dame : La valse lente des tortues et Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi.
J'ai beaucoup aimé.
Plus le premier que le second, mais on est tellement avide de savoir ce que deviennent les personnages, tellement content de continuer à partager avec eux les bribes de leurs vies que ça passe bien.
Je l'avais gardé pour le lire sur l'île puisque m'avait-on dit ça se passe dans une île (en l'occurrence Guernesey).
Finalement, ce fut Katherine Pancol. Je me suis lu coup sur coup les deux pavés dernièrement produits par la dame : La valse lente des tortues et Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi.
J'ai beaucoup aimé.
Plus le premier que le second, mais on est tellement avide de savoir ce que deviennent les personnages, tellement content de continuer à partager avec eux les bribes de leurs vies que ça passe bien.
Les puristes trouveront que c'est un peu facile, limite roman de gare.
D'autres que c'est foisonnant, généreux, à taille humaine. Et que ça fait du bien.
Je fais partie des seconds. Beaucoup aimé le rythme de l'écriture. La générosité du verbe. Certes, comme le dit la fiche consacrée à la romancière sur Wikipédia, voilà une littérature guère goûtée par les critiques.
Mais moi, j'aime bien. C'est plein de vie. C'est foisonnant. Il y a régulièrement de pures belles phrases qui débarquent et qui vous remplissent. Il y a aussi de fameuses réflexions qui se posent, autour de la mémoire, de la famille, de la naissance, du manque de confiance en soi, des rencontres, de la volonté, etc.
A découvrir si vous ne l'avez pas déjà fait !
PS : ces deux bouquins sont la suite de Les Yeux jaunes des crocodiles.
mercredi 28 juillet 2010
On ne se refait pas
Mon passeport avait beau me dire que j'étais Italien, j'ai longtemps cru que j'étais Suisse.
En voyageant en Italie, j'ai compris que j'étais Français.
Un jour mes passeports me dirent que j'étais Italien et Français. Alors, je me suis cru Européen.
En découvrant le Canada, j'ai compris que j'étais Méditerranéen.
En traversant la Suisse et la Norvège, je me suis surpris à râler. J'étais donc Français ?
En revenant des pays froids, j'ai compris que sans les rapports de séduction, la vie ne vaut pas la peine d'être vécue.
J'étais donc Italien.
En voyageant en Italie, j'ai compris que j'étais Français.
Un jour mes passeports me dirent que j'étais Italien et Français. Alors, je me suis cru Européen.
En découvrant le Canada, j'ai compris que j'étais Méditerranéen.
En traversant la Suisse et la Norvège, je me suis surpris à râler. J'étais donc Français ?
En revenant des pays froids, j'ai compris que sans les rapports de séduction, la vie ne vaut pas la peine d'être vécue.
J'étais donc Italien.
Un petit vrac
Je n'ai pas vraiment coupé avec l'actualité, ces dernières semaines, mais je n'ai pas non plus trop suivi certaines affaires.
Ainsi n'ai-je pas acheté de journaux ou de revues lorsque ça "titrait" sur l'affaire Woerth-Bettencourt. Font chier; me disais-je. Ca a tout du feuilleton de l'été, ce truc. Et les révélations des uns, des autres ne me révèlent rien. Je me doute bien que dans ces sphères là, on se pistonne, on se rencontre, on s'échange des "procédés".
L'acharnement révèle quoi ? Un côté "meute" qui m'agace. Dont je ne m'inspire pas.
A la place, je me suis vautré dans des petites infos locales. C'était sympa. Des fêtes ici, des initiatives là, ici un type qui restaure un moulin et qui devient un grand spécialiste parce que soudain, ça le passionne, ces lieux. Des lieux, justement. Qui se dévoilent. Un château, un jardin, une randonnée,un jeune surfeur qui sauve un gamin des flots, un festival, une exposition. Ce genre de trucs. De la vie qui grouille.
J'ai aussi noté quelques bribes. Notamment :
- que l'Espagne gagne pas mal, ces temps-ci, sur la planète sport. Nadal, le foot et Contador. Voilà un peuple qui doit être content de ses héros.
- que Bernard Giraudeau est parti. Ca m'a fait un petit quelque chose d'autant que j'avais lu en mai dernier l'interview qu'il avait donnée à Libération. C'était très touchant.
- qu'en Bretagne, pas une journée sans qu'il y ait quelque part un accident de bateau. Une chute, une noyade. Souvent, des anciens sont concernés. Qui tombe de son navire. Qui dégringole en se rendant au port. Dangereux, ces affaires-là, finalement.
- que ça et là, des maisons en bois apparaissent, des panneaux solaires sont installés, des éoliennes sont installées, le bio se développe, des jeunes s'installent maraîchers et vendent leur production. Le "développement durable" et ses "préoccupations" s'installent.
Ainsi n'ai-je pas acheté de journaux ou de revues lorsque ça "titrait" sur l'affaire Woerth-Bettencourt. Font chier; me disais-je. Ca a tout du feuilleton de l'été, ce truc. Et les révélations des uns, des autres ne me révèlent rien. Je me doute bien que dans ces sphères là, on se pistonne, on se rencontre, on s'échange des "procédés".
L'acharnement révèle quoi ? Un côté "meute" qui m'agace. Dont je ne m'inspire pas.
A la place, je me suis vautré dans des petites infos locales. C'était sympa. Des fêtes ici, des initiatives là, ici un type qui restaure un moulin et qui devient un grand spécialiste parce que soudain, ça le passionne, ces lieux. Des lieux, justement. Qui se dévoilent. Un château, un jardin, une randonnée,un jeune surfeur qui sauve un gamin des flots, un festival, une exposition. Ce genre de trucs. De la vie qui grouille.
J'ai aussi noté quelques bribes. Notamment :
- que l'Espagne gagne pas mal, ces temps-ci, sur la planète sport. Nadal, le foot et Contador. Voilà un peuple qui doit être content de ses héros.
- que Bernard Giraudeau est parti. Ca m'a fait un petit quelque chose d'autant que j'avais lu en mai dernier l'interview qu'il avait donnée à Libération. C'était très touchant.
- qu'en Bretagne, pas une journée sans qu'il y ait quelque part un accident de bateau. Une chute, une noyade. Souvent, des anciens sont concernés. Qui tombe de son navire. Qui dégringole en se rendant au port. Dangereux, ces affaires-là, finalement.
- que ça et là, des maisons en bois apparaissent, des panneaux solaires sont installés, des éoliennes sont installées, le bio se développe, des jeunes s'installent maraîchers et vendent leur production. Le "développement durable" et ses "préoccupations" s'installent.
Des sociologues
Ceci est une réflexion à voix haute, si je puis dire.
Je me demande si je n'ai pas une dent contre les sociologues.
Ce sont des gens très érudits et qui nous apprennent beaucoup. Mais je les soupçonne de n'être que des photographes. Ils font des constats. Ils décrivent, expliquent, mettent en lumière.
J'ai le sentiment qu'ils manquent d'ambition et que du coup, ils nous cantonnent à nos comportements passés.
J'aimerais qu'ils m'ouvrent à des solutions, des changements, des révolutions individuelles et collectives. J'aimerais qu'ils me disent que telle ou telle attitude n'est pas inéluctable, qu'on peut la corriger. J'aimerais qu'ils confortent un peu moins les hommes dans l'idée que nos instincts, nos récurrences et nos faiblesses sont liés à la nature humaine.
Mais ce n'est pas leur rôle, me rétorque-t-on, c'est le rôle des philosophes.
Bien sûr, c'est le rôle des philosophes, mais, personne n'est empêché d'être philosophe, ni le cantonnier, ni le sociologue.
Cette habitude si répandue à tous les niveaux de ne faire que des constats, suivis parfois de conclusions hâtives, ne serait-elle pas source d'inertie ? J'y entends un "C'est comme ça" défaitiste.
La partie Analyse est zappée et la proposition de solutions inexistante. C'est triste.
Tiens, les sociologues me font penser au Grévisse (le bon usage de la grammaire française). Il vous donne des règles puis finit par dire que l'usage courant fait qu'on en accepte d'autres.
Je me demande si je n'ai pas une dent contre les sociologues.
Je me demande si je n'ai pas une dent contre les sociologues.
Ce sont des gens très érudits et qui nous apprennent beaucoup. Mais je les soupçonne de n'être que des photographes. Ils font des constats. Ils décrivent, expliquent, mettent en lumière.
J'ai le sentiment qu'ils manquent d'ambition et que du coup, ils nous cantonnent à nos comportements passés.
J'aimerais qu'ils m'ouvrent à des solutions, des changements, des révolutions individuelles et collectives. J'aimerais qu'ils me disent que telle ou telle attitude n'est pas inéluctable, qu'on peut la corriger. J'aimerais qu'ils confortent un peu moins les hommes dans l'idée que nos instincts, nos récurrences et nos faiblesses sont liés à la nature humaine.
Mais ce n'est pas leur rôle, me rétorque-t-on, c'est le rôle des philosophes.
Bien sûr, c'est le rôle des philosophes, mais, personne n'est empêché d'être philosophe, ni le cantonnier, ni le sociologue.
Cette habitude si répandue à tous les niveaux de ne faire que des constats, suivis parfois de conclusions hâtives, ne serait-elle pas source d'inertie ? J'y entends un "C'est comme ça" défaitiste.
La partie Analyse est zappée et la proposition de solutions inexistante. C'est triste.
Tiens, les sociologues me font penser au Grévisse (le bon usage de la grammaire française). Il vous donne des règles puis finit par dire que l'usage courant fait qu'on en accepte d'autres.
Je me demande si je n'ai pas une dent contre les sociologues.
mardi 27 juillet 2010
L'estampille
Dans la série des vacances, il y a... le retour. At Home.
Ci-dessous un extrait de quelques lignes écrites à Belle-Ile.
lundi 26 juillet 2010
Métro c'est trop
Chaque matin, quand je suis dans mon métro sur la ligne 1, je vois des touristes par dizaines. Ceux qui ne descendent ni à Champs-Élysée, ni à Concorde ou à Tuileries sont là pour aller voir la Joconde. Ils ont tout prévu, le petit sac à dos, l'appareil photo, les chaussures de marche, la petite bouteille d'eau, le guide touristique. Chaque matin, je vois passer dans leurs yeux une lueur d'interrogation, d'hésitation, d'incertitude, de panique, à l'approche de la station Palais Royal - Musée Du Louvre.
Eh oui, leurs yeux se posent quasi mécaniquement sur le plan de ligne au dessus des portes. Et que voient ils ? Ceci :
Eh oui, leurs yeux se posent quasi mécaniquement sur le plan de ligne au dessus des portes. Et que voient ils ? Ceci :
Damnation, il y a deux stations Louvre ! Eh oui, on trouve, l'une après l'autre, une station nommée Louvre-Rivoli (parce qu'à l'intersection des rues de Rivoli et du Louvre), puis une station Palais Royal-Musée du Louvre. Bon, on m'objectera que le touriste lambda, s'il est un peu futé, devinera que pour se rendre au Musée du Louvre, il devra descendre à la station du même nom. Mais n'empêche, je me mets à la place de touristes étrangers, la majorité, qui sont face à ce dilemme, à quelle station faut-il descendre ?
Je crois qu'on aime bien compliquer les choses. Tien, si ça ne tenait qu'à moi, j'accolerais le mot Louvre à toutes les stations de la ligne, comme ça, juste pour voir la tête des touristes ! Ça donnerait ça :
Je crois qu'on aime bien compliquer les choses. Tien, si ça ne tenait qu'à moi, j'accolerais le mot Louvre à toutes les stations de la ligne, comme ça, juste pour voir la tête des touristes ! Ça donnerait ça :
Mais trêve de plaisanterie, parce que je ne suis pas là pour ça, il y a quelques années la Ratp a rebaptisé la station Rue Montmartre, que l'on pouvait prendre sur les lignes 8 et 9, en Grands Boulevards parce que les touristes se trompaient fréquemment et se retrouvaient sur les grands boulevards au lieu de la butte Montmartre (métro Abbesses, ligne 12).Dans le cas présent, je verrais d'un bon œil que la station Louvre-Rivoli soit simplement rebaptisée en station Rivoli. Les choses seraient tellement plus simples. Mais aime-t-on les choses simples ?
vendredi 23 juillet 2010
36 chandelles
Je n'aime pas les anniversaires. L'idée qu'un jour soit plus important parce qu'il porte le même nombre sur un calendrier m'est toujours apparue assez puérile. Qu'en plus on fête la date, ce n'est plus puérile, c'est débile.
Et j'ai été débile. Il m'arrive encore de l'être. Et ça ne change rien au constat.
Je n'aime pas les anniversaires mais j'ai beaucoup de mémoire.
Si un jour, j'ai eu connaissance d'une date, je la retiens. Ceux qui me connaissent le savent et il ne me viendrait pas à l'idée de dire que j'ai oublié tel anniversaire de telle arrière petit cousine, personne ne me croirait. Je décide donc de ne jamais appeler les gens pour leur anniversaire. Au mieux, je dis à ma compagne, "Tu sais qu'aujourd'hui c'est l'anniversaire de... ?" Elle se charge des apparences sans que cela lui pèse, sans même que cela soit, pour elle, une apparence. Et c'est parfait.
Et pourquoi parlé-je d'anniversaire ? Ah oui, ça me revient. (Vaudrait mieux pour quelqu'un qui vient de se vanter d'avoir de la mémoire)
C'est parce qu'aujourd'hui, jour pour jour, cela fait 36 ans que j'ai commencé à travailler "dans la vie active". Un vrai travail, numéro de Sécu, charges sociales et tout et tout.
23 juillet 1974. Il est 7h 55 et je frappe à la porte vitrée opaque de la BNP Chaville. Un peu mal à l'aise dans la veste de mon frère aîné et le trouillomètre à zéro, mes seize ans et demi vont affronter le monde du travail. Évidemment, je suis arrivé une demi-heure à l'avance et j'ai attendu dans la rue d'à côté. De la marge pour prendre le train, de la marge pour la marche jusque là, de la marge pour pallier aux retards SNCF et de marge en marge, j'avais prévu deux heures pour un trajet d'une au maximum.
36 chandelles, ça souffle dans les couloirs de la mémoire ! D'anecdotes en détails, de révolutions en temps qui lasse, le catalogue est assez lourd. Rien d'exceptionnel pourtant, une vie... comme celle des autres, une banalité originale. C'est l'arrêt sur image qui la rend riche.
C'était parti. Pour longtemps.
Ces premières années furent les plus belles. Le "surdoué de la banque" avait été ainsi surnommé parce qu'il comprenait ce qu'on lui disait dès la première fois et qu'il faisait bien ce qu'on lui demandait de faire. C'est tout. C'est pas dur d'être surdoué.
J'ai longtemps cru que c'était à la portée de chacun, c'est tellement facile. Et c'est le jour où j'ai découvert des mots que je ne connaissais pas qu'apparurent les désillusions. "Manque de rigueur" "Fainéantise" "Égoïsme" "Manque de concentration, d'implication, de responsabilité". Cela existait donc. Le monde était foutu. Puisqu'en plus, tout cela était toléré, admis, excusé.
Ce fut ma première découverte de la normalité vue comme exceptionnelle.
Dernièrement, un ami qui venait de rencontrer mes frères, me fit tout un discours sur notre gentillesse, notre disponibilité et notre serviabilité. Je retombai des nues. Nous étions comme tout le monde. C'est notre vision des autres qui nous fait croire qu'ils ne sont pas ainsi. Vivre en pensant que les gens sont méchants, c'est désespérant.
Et, bien que ma conscience s'est ouverte un jour, me laissant quelques blessures, je me fais un devoir de croire que tout le monde est, a priori, gentil, serviable, attentionné, responsable et rigoureux.
Bon anniversaire au petit gars, derrière la porte vitrée, dans la veste de son frère.
Et j'ai été débile. Il m'arrive encore de l'être. Et ça ne change rien au constat.
Je n'aime pas les anniversaires mais j'ai beaucoup de mémoire.
Si un jour, j'ai eu connaissance d'une date, je la retiens. Ceux qui me connaissent le savent et il ne me viendrait pas à l'idée de dire que j'ai oublié tel anniversaire de telle arrière petit cousine, personne ne me croirait. Je décide donc de ne jamais appeler les gens pour leur anniversaire. Au mieux, je dis à ma compagne, "Tu sais qu'aujourd'hui c'est l'anniversaire de... ?" Elle se charge des apparences sans que cela lui pèse, sans même que cela soit, pour elle, une apparence. Et c'est parfait.
Et pourquoi parlé-je d'anniversaire ? Ah oui, ça me revient. (Vaudrait mieux pour quelqu'un qui vient de se vanter d'avoir de la mémoire)
C'est parce qu'aujourd'hui, jour pour jour, cela fait 36 ans que j'ai commencé à travailler "dans la vie active". Un vrai travail, numéro de Sécu, charges sociales et tout et tout.
23 juillet 1974. Il est 7h 55 et je frappe à la porte vitrée opaque de la BNP Chaville. Un peu mal à l'aise dans la veste de mon frère aîné et le trouillomètre à zéro, mes seize ans et demi vont affronter le monde du travail. Évidemment, je suis arrivé une demi-heure à l'avance et j'ai attendu dans la rue d'à côté. De la marge pour prendre le train, de la marge pour la marche jusque là, de la marge pour pallier aux retards SNCF et de marge en marge, j'avais prévu deux heures pour un trajet d'une au maximum.
36 chandelles, ça souffle dans les couloirs de la mémoire ! D'anecdotes en détails, de révolutions en temps qui lasse, le catalogue est assez lourd. Rien d'exceptionnel pourtant, une vie... comme celle des autres, une banalité originale. C'est l'arrêt sur image qui la rend riche.
C'était parti. Pour longtemps.
Ces premières années furent les plus belles. Le "surdoué de la banque" avait été ainsi surnommé parce qu'il comprenait ce qu'on lui disait dès la première fois et qu'il faisait bien ce qu'on lui demandait de faire. C'est tout. C'est pas dur d'être surdoué.
J'ai longtemps cru que c'était à la portée de chacun, c'est tellement facile. Et c'est le jour où j'ai découvert des mots que je ne connaissais pas qu'apparurent les désillusions. "Manque de rigueur" "Fainéantise" "Égoïsme" "Manque de concentration, d'implication, de responsabilité". Cela existait donc. Le monde était foutu. Puisqu'en plus, tout cela était toléré, admis, excusé.
Ce fut ma première découverte de la normalité vue comme exceptionnelle.
Dernièrement, un ami qui venait de rencontrer mes frères, me fit tout un discours sur notre gentillesse, notre disponibilité et notre serviabilité. Je retombai des nues. Nous étions comme tout le monde. C'est notre vision des autres qui nous fait croire qu'ils ne sont pas ainsi. Vivre en pensant que les gens sont méchants, c'est désespérant.
Et, bien que ma conscience s'est ouverte un jour, me laissant quelques blessures, je me fais un devoir de croire que tout le monde est, a priori, gentil, serviable, attentionné, responsable et rigoureux.
Bon anniversaire au petit gars, derrière la porte vitrée, dans la veste de son frère.
Un décret tricolore

Je vous signale la publication d'un décret au Journal Officiel. Il s'agit précisément du décret n°2010-835 du 21 juillet 2010 relatif à l'incrimination de l'outrage au drapeau tricolore. Voici la chose...
jeudi 22 juillet 2010
Vivement les vacances
A titre personnel, voilà longtemps que je n’écris plus de billets quotidiens, et c’est même une chance si j’en écris deux sur une semaine. Alors autant sur mon blog je fais comme je veux, il peut se passer plusieurs semaines sans mise à jour, que sur le blog de Didier je me sens un peu obligé d’être plus prolixe. Mais heureusement que je ne suis pas seul dans cette aventure, car Claudio a, lui aussi, un double des clefs, et il relève grandement le niveau de ces billets estivaux.
L’écriture de billets sur un autre blog que le sien est un exercice particulier. Je m’en aperçois sur cette expérience. Outre cet impératif de régularité dans la publication de billets, je constate que je me sens freiné dans mes ardeurs, parce qu’il m’arrive parfois d’avoir une ou deux idées, et puis je me dis que non, que c’est le blog de Didier et que je me dois d’y aller mollo. J’avoue aussi que je suis freiné par mon manque de talent. Je ne suis ni un Didier ni un Claudio qui peuvent écrire quelque chose d’intéressant avec style. Mais ce n’est pas grave, je vais continuer, pendant que Didier est en vacances.
L’écriture de billets sur un autre blog que le sien est un exercice particulier. Je m’en aperçois sur cette expérience. Outre cet impératif de régularité dans la publication de billets, je constate que je me sens freiné dans mes ardeurs, parce qu’il m’arrive parfois d’avoir une ou deux idées, et puis je me dis que non, que c’est le blog de Didier et que je me dois d’y aller mollo. J’avoue aussi que je suis freiné par mon manque de talent. Je ne suis ni un Didier ni un Claudio qui peuvent écrire quelque chose d’intéressant avec style. Mais ce n’est pas grave, je vais continuer, pendant que Didier est en vacances.
mercredi 21 juillet 2010
Et Dieu créa le scrupule
Et Dieu créa le scrupule... sans suivre l'affaire.
Il s'arrangera plus tard en dissertant sur le libre arbitre et, encore une fois, se dédouanera de toute responsabilité dans les affaires des hommes, du moins dans leurs sales affaires.
Pas bête. Assez doué pour se donner le beau rôle celui-là.
Le scrupule, c'était génial comme idée au départ. Après le package de la morale, le scrupule tirait le signal d'alarme dès qu'on passait la ligne jaune ou blanche. Cela permettait de réveiller sa conscience et de penser un peu plus à son voisin.
On nous avait fourni, une ligne de conduite, des outils pour avancer et des garde-fous. Roule ! Plus de danger, ni pour soi, car la culpabilité guette, ni pour les autres par ricochet.
Mais, tout devin qu'il est, Dieu n'est pas visionnaire. Il a oublié d'imaginer ce qu'on en ferait.
Quelques petits malins, qui savent faire de nombreux petits malins, ont bien compris à quel point cette affaire les freinait dans les leurs. Et, ni une ni deux, ils débridèrent leur moteur. Plus de scrupules, plus de frein. Plus de frein, plus de limites.
Comme il avait suffit d'inventer le scrupule, il suffisait de le désinventer, de ne pas le reconnaitre à titre personnel. Et tout devenait facile et possible.
Et les obéissants à leur croyance marchaient sur des œufs quand les désinhibés du scrupule écrasaient la pédale d'accélérateur de leurs bulldozers.
Qu'il soit fait selon votre foi disait le messager. Et tout le monde l'avait écouté. Les scrupuleux et les non-scrupuleux.
Injustice crièrent les premiers.
Ils ne l'emporteront pas au Paradis, leur répondit-on. Et le tour était joué, plus besoin d'y revenir.
Il s'arrangera plus tard en dissertant sur le libre arbitre et, encore une fois, se dédouanera de toute responsabilité dans les affaires des hommes, du moins dans leurs sales affaires.
Pas bête. Assez doué pour se donner le beau rôle celui-là.
Le scrupule, c'était génial comme idée au départ. Après le package de la morale, le scrupule tirait le signal d'alarme dès qu'on passait la ligne jaune ou blanche. Cela permettait de réveiller sa conscience et de penser un peu plus à son voisin.
On nous avait fourni, une ligne de conduite, des outils pour avancer et des garde-fous. Roule ! Plus de danger, ni pour soi, car la culpabilité guette, ni pour les autres par ricochet.
Mais, tout devin qu'il est, Dieu n'est pas visionnaire. Il a oublié d'imaginer ce qu'on en ferait.
Quelques petits malins, qui savent faire de nombreux petits malins, ont bien compris à quel point cette affaire les freinait dans les leurs. Et, ni une ni deux, ils débridèrent leur moteur. Plus de scrupules, plus de frein. Plus de frein, plus de limites.
Comme il avait suffit d'inventer le scrupule, il suffisait de le désinventer, de ne pas le reconnaitre à titre personnel. Et tout devenait facile et possible.
Et les obéissants à leur croyance marchaient sur des œufs quand les désinhibés du scrupule écrasaient la pédale d'accélérateur de leurs bulldozers.
Qu'il soit fait selon votre foi disait le messager. Et tout le monde l'avait écouté. Les scrupuleux et les non-scrupuleux.
Injustice crièrent les premiers.
Ils ne l'emporteront pas au Paradis, leur répondit-on. Et le tour était joué, plus besoin d'y revenir.
lundi 19 juillet 2010
Sortons couverts
Elle arpente la place en plein soleil. Son maquillage grossier dégouline et son accoutrement fait peine à voir.
Elle porte un plateau suspendu à son cou, comme les ouvreuses d'antan. Mais pas de jupette sexy à l'étage du dessous. Seulement une lourde jupe ample qui fricote avec des sabots, des vrais, ceux de la campagne. Une coiffe d'un autre âge lui coupe le front en deux et sans doute empêche toute circulation sanguine vers le poste de contrôle. C'est en voyant le tablier, qui dut être blanc un jour, que le passant comprend que la jeune femme est déguisée en Bécassine.
Déguisée en Bécassine en plein soleil, en plein mois de juin, en plein Midi. Quelle idée !
On sent le tempérament suicidaire. Cela se confirmera.
Le meilleur service à rendre à la bécasse est de l'ignorer. Inutile de lui offrir un regard. Cela pourrait lui rendre la conscience et lui être fatal ; car, quoi qu'on en dise, le ridicule tue. Et c'est tant mieux. C'est ce que choisit de faire, en bon samaritain, le passant pressé.
Mais la cruche ne l'entend pas ainsi. Telle une gourgandine sans vergogne, elle accoste le chaland.
- Je vous vends un préservatif.
- Non merci.
- Mais c'est un euro. C'est pas cher. Et puis je me marie demain. C'est pour l'enterrement de ma vie de jeune fille.
- Ce n'est pas une question de prix. N'insistez pas Mademoiselle.
- Mais alors c'est pourquoi ?
Il prend sur lui, ne dit rien. Il sait qu'il aurait pu en trois phrases bien senties lui imprimer un souvenir de veille de mariage indélébile et apte à vous bousiller quelques bons moments pendant plusieurs décennies. Il ne le fait pas. Plus par fatigue inutile que par lâcheté.
Mais, franchement, Bécassine et ses semblables auraient bien mérité une leçon. Et d'ailleurs ne serait-ce pas charité chrétienne que de dénoncer la bêtise ambiante et d'ouvrir les yeux des niais et niaises qui se font un devoir d'abaisser le niveau moyen de l'espèce humaine ?
Chagriné par tant de médiocrité, surtout de la part de la jeunesse qu'il aurait voulu non-conventionnelle, révolutionnaire, critique et progressiste, le passant ne sait plus dans quel ordre il aurait assommé l'insistante qui eut la bonne idée de se tourner vers une âme qu'elle crut plus charitable et qui n'était que complice d'un futur sans ambition.
Aurait-il commencé par pourfendre l'institution mariage ou par expliquer en quoi il était dégradant de se déguiser ainsi ? Aurait-il relevé le mauvais goût de la démarche avant ou après lui avoir proposé, pour sauver l'humanité, d'utiliser ses préservatifs ad vitam eternam ?
Peu importe. Le manque de raffinement et de respect de soi-même, de bon nombre de ses congénères continuerait sans doute longtemps à étonner notre homme.
Éternel optimiste, il ne se résigne pas et prie en silence pour que sa prochaine rencontre ait d'autres ambitions et d'autres intérêts. Surtout si elle est jeune.
Méfions-nous, certains sont devenus fous. Au lieu d'exterminer le mariage, ils enterrent les jeunes filles... consentantes en plus. Protégeons-nous. Sortons couverts.
Elle porte un plateau suspendu à son cou, comme les ouvreuses d'antan. Mais pas de jupette sexy à l'étage du dessous. Seulement une lourde jupe ample qui fricote avec des sabots, des vrais, ceux de la campagne. Une coiffe d'un autre âge lui coupe le front en deux et sans doute empêche toute circulation sanguine vers le poste de contrôle. C'est en voyant le tablier, qui dut être blanc un jour, que le passant comprend que la jeune femme est déguisée en Bécassine.
Déguisée en Bécassine en plein soleil, en plein mois de juin, en plein Midi. Quelle idée !
On sent le tempérament suicidaire. Cela se confirmera.
Le meilleur service à rendre à la bécasse est de l'ignorer. Inutile de lui offrir un regard. Cela pourrait lui rendre la conscience et lui être fatal ; car, quoi qu'on en dise, le ridicule tue. Et c'est tant mieux. C'est ce que choisit de faire, en bon samaritain, le passant pressé.
Mais la cruche ne l'entend pas ainsi. Telle une gourgandine sans vergogne, elle accoste le chaland.
- Je vous vends un préservatif.
- Non merci.
- Mais c'est un euro. C'est pas cher. Et puis je me marie demain. C'est pour l'enterrement de ma vie de jeune fille.
- Ce n'est pas une question de prix. N'insistez pas Mademoiselle.
- Mais alors c'est pourquoi ?
Il prend sur lui, ne dit rien. Il sait qu'il aurait pu en trois phrases bien senties lui imprimer un souvenir de veille de mariage indélébile et apte à vous bousiller quelques bons moments pendant plusieurs décennies. Il ne le fait pas. Plus par fatigue inutile que par lâcheté.
Mais, franchement, Bécassine et ses semblables auraient bien mérité une leçon. Et d'ailleurs ne serait-ce pas charité chrétienne que de dénoncer la bêtise ambiante et d'ouvrir les yeux des niais et niaises qui se font un devoir d'abaisser le niveau moyen de l'espèce humaine ?
Chagriné par tant de médiocrité, surtout de la part de la jeunesse qu'il aurait voulu non-conventionnelle, révolutionnaire, critique et progressiste, le passant ne sait plus dans quel ordre il aurait assommé l'insistante qui eut la bonne idée de se tourner vers une âme qu'elle crut plus charitable et qui n'était que complice d'un futur sans ambition.
Aurait-il commencé par pourfendre l'institution mariage ou par expliquer en quoi il était dégradant de se déguiser ainsi ? Aurait-il relevé le mauvais goût de la démarche avant ou après lui avoir proposé, pour sauver l'humanité, d'utiliser ses préservatifs ad vitam eternam ?
Peu importe. Le manque de raffinement et de respect de soi-même, de bon nombre de ses congénères continuerait sans doute longtemps à étonner notre homme.
Éternel optimiste, il ne se résigne pas et prie en silence pour que sa prochaine rencontre ait d'autres ambitions et d'autres intérêts. Surtout si elle est jeune.
Méfions-nous, certains sont devenus fous. Au lieu d'exterminer le mariage, ils enterrent les jeunes filles... consentantes en plus. Protégeons-nous. Sortons couverts.
vendredi 16 juillet 2010
Regrets

"Site momentanément indisponible
L'équipe de France.fr regrette de ne pouvoir vous permettre de retrouver le portail de la France. Nous sommes actuellement confrontés à un problème de configuration de nos serveurs. Nous avons entrepris un audit de l'ensemble des systèmes pour nous permettre une réouverture dans les plus brefs délais. Merci de votre patience et à très vite !"
Je vous ai fait un beau copier-coller du message que l'on peut lire sur le site internet france.fr, lancé le 14 juillet, qui devait être la vitrine de notre pays sur l'internet. Le moins que l'on puisse dire est que ça ne marche pas.
Quand j'ai lu le message d'erreur, je me suis mis dans la peau d'un internaute qui tombe dessus comme ça, au hasard. Je me serais alors dit que :
Tiens, l'équipe de France exprime des regrets, ça c'est un premier pas, c'est bien. Et ils sont confrontés à un problème, oui on avait remarqué, mais de là à jeter la faute sur le personnel du restaurant des Bleus, faut pas pousser ! Quant à l'audit des systèmes, je laisse parler les spécialistes, parce que moi 4-4-2, 4-2-3-1 ou 4-3-3, c'est du pareil au même... Alors oui, on espère une réouverture avec le nouveau coach, c'est sûr.
jeudi 15 juillet 2010
Ne bronzons plus idiots
C'est fini. C'est décidé, je n'emmène plus de bouquin sur la plage. Je m'encombrais pour rien.
Bien que je n'aie de conseils à donner à personne, je me permets de partager mon expérience et ma découverte.
Venons-en au fait.
Laissez donc vos bouquins, magazines et autres journaux chez vous. Sur la plage, on ne s'ennuie jamais.
Car la plupart de nos congénères ont décidé de se transformer en page d'écriture.
Pas un corps ou presque qui ne soit bande dessinée, support d'aphorismes douteux, présentoir de logos, de pictogrammes, de cœurs, d'étoiles, de héros, d'arabesques... Et de la tête aux pieds, s'il-vous-plait. Et parfois, on a droit à la couleur. De l'art vous dis-je, c'est de l'art.
Transformés en hommes sandwich, en papier recyclé, en pierre pour tailleur, les supports esclaves vous parleront d'esthétique c'est sûr. Si vous aviez l'idée saugrenue d'imaginer qu'il s'agit, ce faisant, de combler un vide intérieur, voire un mal-être, c'est que vous seriez une mauvaise langue et si vous parliez de masochisme assimilant l'œuvre à de la scarification, c'est que vous seriez le dernier des réacs.
On me dit que ces gens-là paient les scribouillards de corps pour m'offrir de la lecture les jours de baignade. Ce n'est plus de l'abnégation, c'est du sacrifice. C'est donc cela payer de son corps ?
Ne bronzez plus idiots, lisez les autres.
On appelle ça des tatouages, parait-il.
Dernière minute : On m'apprend que certaines "pages d'écriture" ont gardé les anneaux du classeur. On appelle ça des piercings, parait-il.
Bien que je n'aie de conseils à donner à personne, je me permets de partager mon expérience et ma découverte.
Venons-en au fait.
Laissez donc vos bouquins, magazines et autres journaux chez vous. Sur la plage, on ne s'ennuie jamais.
Car la plupart de nos congénères ont décidé de se transformer en page d'écriture.
Pas un corps ou presque qui ne soit bande dessinée, support d'aphorismes douteux, présentoir de logos, de pictogrammes, de cœurs, d'étoiles, de héros, d'arabesques... Et de la tête aux pieds, s'il-vous-plait. Et parfois, on a droit à la couleur. De l'art vous dis-je, c'est de l'art.
Transformés en hommes sandwich, en papier recyclé, en pierre pour tailleur, les supports esclaves vous parleront d'esthétique c'est sûr. Si vous aviez l'idée saugrenue d'imaginer qu'il s'agit, ce faisant, de combler un vide intérieur, voire un mal-être, c'est que vous seriez une mauvaise langue et si vous parliez de masochisme assimilant l'œuvre à de la scarification, c'est que vous seriez le dernier des réacs.
On me dit que ces gens-là paient les scribouillards de corps pour m'offrir de la lecture les jours de baignade. Ce n'est plus de l'abnégation, c'est du sacrifice. C'est donc cela payer de son corps ?
Ne bronzez plus idiots, lisez les autres.
On appelle ça des tatouages, parait-il.
Dernière minute : On m'apprend que certaines "pages d'écriture" ont gardé les anneaux du classeur. On appelle ça des piercings, parait-il.
Binocles, bésicles
La vie est faite de premières fois : le premier cri, le premier anniversaire, le premier baiser, le premier amour, le premier boulot, la première voiture, le premier enfant, les premières lunettes vision de près...
mardi 13 juillet 2010
La tempérance
S'emballer au moindre rayon de soleil, c'est comme s'écrouler au premier cumulus.
Le yoyo du moral est sport apprécié et sa fédération la plus riche en licenciés. Montagnes russes subies seront objet de plainte et souvent, excuse à l'inertie. Quand ce ne sera pas confort à ressasser, pédalage immobile, effort justification.
Les occasions extérieures grossissent le trait, invitent à la répétition. Qu'elles soient Fêtes de fin d'années ou vacances estivales, amoureux de bancs publics ou loterie généreuse, elles poussent à l'excitation, à la croyance temporaire en un changement soudain et définitif, à un appel divin, à une Vierge salvatrice.
Pure puérilité. Plus l'euphorie a l'érection rapide et culminante et plus la chute sera terrible et abyssale.
Résister est un devoir, car l'illusion est ennemie de l'Être.
Accepter l'alternance passions/dépressions, c'est démissionner, se livrer tout entier, proie facile, à un extérieur cyclothymique et vainqueur.
Apprendre la tempérance, vertu cardinale, en contrôlant et le haut et le bas, relativiser les faits et leurs effets, c'est prendre le chemin de la sagesse. Ce beau chemin de la Sagesse réservé à... tous.
Le yoyo du moral est sport apprécié et sa fédération la plus riche en licenciés. Montagnes russes subies seront objet de plainte et souvent, excuse à l'inertie. Quand ce ne sera pas confort à ressasser, pédalage immobile, effort justification.
Les occasions extérieures grossissent le trait, invitent à la répétition. Qu'elles soient Fêtes de fin d'années ou vacances estivales, amoureux de bancs publics ou loterie généreuse, elles poussent à l'excitation, à la croyance temporaire en un changement soudain et définitif, à un appel divin, à une Vierge salvatrice.
Pure puérilité. Plus l'euphorie a l'érection rapide et culminante et plus la chute sera terrible et abyssale.
Résister est un devoir, car l'illusion est ennemie de l'Être.
Accepter l'alternance passions/dépressions, c'est démissionner, se livrer tout entier, proie facile, à un extérieur cyclothymique et vainqueur.
Apprendre la tempérance, vertu cardinale, en contrôlant et le haut et le bas, relativiser les faits et leurs effets, c'est prendre le chemin de la sagesse. Ce beau chemin de la Sagesse réservé à... tous.
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